Publié le 20 Septembre 2026

1931 : L’Été des Victoires de l’Evenos
1931 : L’Été des Victoires de l’Evenos

L'alliance du génie de Victor Brix et de la charpente normande face aux révolutions de Louis Breguet

En ce mois de juin 1931, une silhouette racée glisse pour la première fois sur les eaux de la Touques, saluée par le clapotis de Deauville et le regard connaisseur des charpentiers de marine. L’Evenos vient de naître. Né des plans de l'architecte Victor Brix pour le compte de M. Jean Huge, ce cotre de croisière en acajou de 13,60 mètres s’apprête à signer l’une des saisons les plus insolentes de l’histoire du yachting normand. Récit d’un été de grâce, entre Le Havre et Deauville, où l'ingénierie navale a défié les chronomètres et côtoyé les plus grands pionniers de l'aérodynamisme.

GODEFROY, A., dessinateur-affichiste.  Gaston LEFEVRE, Grav. Imp., HAVRE.  Affiche illustrée, lithographiée, en couleur, sur papier entoilée.  Sans date, (1930)

GODEFROY, A., dessinateur-affichiste. Gaston LEFEVRE, Grav. Imp., HAVRE. Affiche illustrée, lithographiée, en couleur, sur papier entoilée. Sans date, (1930)

Un laboratoire naval nommé Normandie
L’été 1931 n’est pas une saison comme les autres en Baie de Seine. C’est l’année de la fondation du Cercle de la Voile de la Seine Maritime (CVSM), qui vient épauler la vénérable Société des Régates du Havre (SRH). Les plans d'eau vibrent au rythme d’une petite révolution : la série du Handicap National.
Géré par l’Union des Yachts Français (UYF), ce circuit applique un calcul de temps compensé très rigoureux. La formule croise la longueur de flottaison, la surface de voilure et le périmètre mesuré sous la quille (le chaîne) pour attribuer à chaque bateau un handicap théorique. Sur le papier, le système est conçu pour niveler les chances entre voiliers de croisière et voiliers de course.
Mais le comité de jauge n’avait pas prévu le facteur Victor Brix.
Fils d'un éminent mathématicien naval de la Russie impériale exilé en France, Brix applique aux carènes une approche scientifique inédite, héritée des recherches géométriques menées en mer Baltique. En confiant la construction de ses plans au prestigieux Chantier Bernard Macario à Deauville, Brix sait que l'ajustement des bordés en acajou et la rigidité du gréement seront parfaits. Le résultat dépasse toutes les prévisions : l’Evenos dispose d’une stabilité de forme et d'une finesse hydrodynamique qui vont littéralement sublimer la formule du handicap.
1931 : L’Été des Victoires de l’Evenos
Le choc des titans : La science de Brix face aux révolutions de Breguet
Cet âge d'or de la construction navale chez Macario fait de Deauville le point de rencontre de deux visions scientifiques révolutionnaires qui marquent l'histoire maritime. D'un côté, Victor Brix incarne la maîtrise absolue de la géométrie et de l'hydrodynamique pure. Ses voiliers sont pensés pour faire corps avec l'eau, affichant une stabilité de forme et un équilibre sous voiles qui permettent de conserver un cap exceptionnel même dans les pires conditions de la Manche.
De l'autre, un habitué du plan d'eau normand pousse la recherche à son paroxysme : l'industriel Louis Charles Breguet. L'implication de Louis Charles Breguet dans le monde de la voile ne relevait pas du simple passe-temps d'un riche industriel. Ce pionnier de l'aéronautique, médaille de bronze aux Jeux olympiques de 1924 à la barre de son premier Namoussa, considérait ses voiliers comme de véritables laboratoires aérodynamiques flottants.
Dans cette atmosphère d'émulation technologique intense, la science de l'air de Breguet défie la science de l'eau de Brix. À quelques encablures de l'Evenos, Breguet applique les technologies de pointe de son industrie à ses propres voiliers construits chez Macario, développant une série d'armes secrètes.
La soufflerie de Villacoublay constitue son arme absolue. C'est ici que Breguet installe des maquettes ultra-précises de ses carènes et de ses mâts pour étudier scientifiquement l'écoulement des fluides et la traînée aérodynamique. Il y conçoit le "Tunnel Jib" et la bôme articulée, un système de foc innovant créant un effet Venturi parfait avec la grand-voile pour optimiser la propulsion au près, couplé à des bômes inspirées des volets hypersustentateurs de ses avions. Les ponts profilés en "aile d'avion" sont également une signature majeure. Appliqués magistralement sur son grand 8 mètres Jauge Internationale (8m JI) Namoussa IV, ces ponts bombés en demi-cercle continu réduisent drastiquement la résistance de l'air tout en abaissant le centre de gravité de la bôme. Breguet dote enfin Namoussa II d'un double gouvernail, une technologie directement issue des empennages doubles de ses avions, permettant de conserver une efficacité directionnelle et hydrodynamique absolue lors des fortes gîtes.

Les laboratoires du vent : Les innovations aéronautiques appliquées à la mer

  • L’arme secrète - La soufflerie de Villacoublay : C'est ici que Breguet installe des maquettes ultra-précises de ses carènes et de ses mâts pour étudier scientifiquement l'écoulement des fluides et la traînée aérodynamique.
  • Le "Tunnel Jib" et la bôme articulée : Un système de foc innovant créant un effet Venturi parfait avec la grand-voile pour optimiser la propulsion au près, couplé à des bômes inspirées des volets hypersustentateurs de ses avions.
  • Les ponts profilés en "aile d'avion" : Appliqués magistralement sur son grand 8 mètres Jauge Internationale (8m JI) Namoussa IV, ces ponts bombés en demi-cercle continu réduisent drastiquement la résistance de l'air tout en abaissant le centre de gravité de la bôme.
  • Le double gouvernail de Namoussa II : Une technologie issue des empennages doubles de ses avions, permettant de conserver une efficacité directionnelle et hydrodynamique absolue lors des fortes gîtes.
La razzia des plans d'eau : 4 victoires sur 6 régates
Dès ses premières bordées dans ce contexte d'excellence, le cotre de M. Jean Huge s'impose comme l'épouvantail de la saison. L'équipage fait corps avec la machine, exploitant les courants complexes de l'estuaire et les brises thermiques de la côte fleurie. Le bilan comptable de cet été 1931 vire rapidement à la démonstration : engagé dans 6 régates majeures, l’Evenos décroche 4 premiers prix.
Le voilier ne se contente pas de gagner des manches, il s'empare des plus hautes distinctions de la saison. Il remporte d'abord
  • le Prix d'Honneur de sa série au Havre. Disputé sur un grand parcours en triangle au large du cap de la Hève, ce prix récompensait la régularité absolue et la finesse tactique face aux courants puissants. L'Evenos y surclasse toute la flotte havraise. Il s'adjuge ensuite
  • la Coupe « Nemi » de Deauville, qui reste le sommet de sa saison. Alignés face aux prestigieux et redoutables monotypes de 6 mètres Jauge Internationale (6m JI), des purs voiliers de course réputés intouchables, l'Evenos réalise l'exploit de s'imposer en temps compensé, inscrivant son nom au palmarès devant des monstres sacrés de la vitesse comme Mano II.
Un monstre de vitesse : les chiffres du carnet de bord
Ce qui fascine la presse nautique de l'époque (comme les revues Le Yacht ou Le Figaro), au-delà des trophées, ce sont les rapports de vitesse pure consignés par l'équipage. L’Evenos affiche un comportement marin exceptionnel, capable de rivaliser à armes égales avec les séries internationales les plus affûtées du moment :
1931 : L’Été des Victoires de l’Evenos
Par petite brise, les mesures indiquent qu'il navigue entre 7 et 8 nœuds, ce qui lui permet de marcher aussi vite qu’un 8m50 de course pur. Par forte brise, lorsque la mer se forme en Manche, le plan Brix révèle toute sa puissance et fait encore mieux, surclassant sa propre jauge théorique grâce à une remontée au près extraordinaire et une stabilité qui lui permet de garder de la toile là où ses concurrents doivent réduire la voilure. Les performances au portant et sous voiles basses confirment une régularité parfaite lors des convoyages, le voilier maintenant une vitesse constante de 7,5 nœuds pendant une heure, puis de 7,0 nœuds pendant les deux heures suivantes. Enfin, c'est en régate que sa pointe absolue est enregistrée, touchant les 8,0 nœuds lors d'un parcours tactique nerveux de 4 milles.
1931 : L’Été des Victoires de l’Evenos
L'héritage parallèle : Le palmarès de Namoussa IV
Cette quête de vitesse absolue initiée au début des années 1930 trouvera son prolongement direct dans le palmarès de Namoussa IV, le chef-d'œuvre à pont profilé de Breguet construit chez Macario.
La saison inaugurale de 1934 est marquée par une invincibilité totale en Manche. Dès sa mise à l'eau, Namoussa IV survole les Régates Internationales de Deauville et la Semaine du Havre, signant un sans-faute historique face à l'élite franco-britannique. Vient ensuite la consécration en Méditerranée entre 1935 et 1939. Le voilier y confirme sa suprématie sur la Côte d'Azur, notamment à Cannes et à Nice, dominant les plus grands plans mondiaux de la Jauge Internationale grâce à la finesse de ses profils aérodynamiques. Après 1945, le navire entame une seconde vie sous le nom d' Orphée. Ce fringant 8m JI continuera de briller en régates classiques le long des côtes bretonnes et à Belle-Île, faisant vivre cet héritage unique pendant plusieurs décennies.
Une photographie en couleurs, datée d’août 1967, immortalise un instant suspendu dans le port de Lorient. Sur ce cliché éclatant, l’Orphée qui a tant brillé dans les années trente sous son nom de baptême Namoussa IV
Une photographie en couleurs, datée d’août 1967, immortalise un instant suspendu dans le port de Lorient. Sur ce cliché éclatant, l’Orphée qui a tant brillé dans les années trente sous son nom de baptême Namoussa IV
Une photographie en couleurs, datée d’août 1967, immortalise un instant suspendu dans le port de Lorient. Sur ce cliché éclatant, l’Orphée qui a tant brillé dans les années trente sous son nom de baptême Namoussa IV

Une photographie en couleurs, datée d’août 1967, immortalise un instant suspendu dans le port de Lorient. Sur ce cliché éclatant, l’Orphée qui a tant brillé dans les années trente sous son nom de baptême Namoussa IV

L'héritage d'un âge d'or
L'été 1931 de l'Evenos s'inonde dans l'âge d'or du yachting classique normand, une époque bénie où le chantier Macario donnait aussi bien naissance au luxueux yacht à moteur Maïa qu'aux plus fins monotypes de course comme les Dragons et les Requins.
En signant ce grand chelem maritime entre Le Havre et Deauville, l’Evenos a prouvé qu’un voilier bien né, issu du génie mathématique de Victor Brix et sublimé par les mains des charpentiers de la Touques, pouvait s’affranchir des contraintes des jauges pour entrer directement dans la légende. Quatre-vingt-quinze ans plus tard, les lignes de ce cotre en acajou continuent de faire rêver les passionnés de voile classique, précieux témoin d’un été où la Normandie naviguait à la pointe absolue de la technologie.
 

Lignes de Glisse et Destin Tragique : Le Portrait de Victor Brix

L'héritage scientifique des mers froides
Pour comprendre le génie de Victor Brix, il faut remonter aux confins de la mer Baltique, là où la rigueur des mathématiques a rencontré pour la première fois la complexité des carènes de plaisance. Victor est le fils d’André Brix, un brillant architecte naval et mathématicien russe. Ce dernier avait marqué son époque en collaborant avec le célèbre scientifique Pafnouti Tchebychev sur la géométrie des fluides, avant de publier un ouvrage de référence sur l'architecture navale en Baltique.
C’est dans cette atmosphère d'exigence absolue et de calculs hydrodynamiques que le jeune Victor est formé. Il hérite de son père une approche purement rationnelle de la construction navale, où la beauté d’un navire découle directement de sa vérité mathématique.
 
L'exil et l'éclosion en France
La révolution russe de 1917 brise ce destin tout tracé. Fuyant le nouveau régime, ce Russe blanc choisit le chemin de l’exil et s'établit en France en 1920, alors qu'il est âgé de 30 ans. Totalement démuni mais doté d’un talent hors normes, il s'installe comme architecte naval indépendant à Paris.
Dès 1921, ses compétences attirent l'attention des grands chantiers français, à commencer par le Chantier Jouët à Sartrouville, avec lequel il collabore activement. À une époque où la construction de série n’existe pas encore, les riches armateurs et passionnés se tournent vers ce concepteur discret, capable de dessiner des bateaux sur mesure parfaitement adaptés à leurs programmes. Brix se distingue immédiatement par une signature architecturale unique : la recherche obsessionnelle d'une stabilité de forme et d'un équilibre sous voiles parfait, conférant à ses unités une tenue de mer exceptionnelle et une aptitude phénoménale à la marche au près.
Les années de grâce normandes et bretonnes
Au tournant des années 1930, le nom de Victor Brix est sur toutes les lèvres dans le milieu du yachting. Les chantiers les plus prestigieux s'arrachent ses plans. En Bretagne, le Chantier Jézéquel à Carantec donne vie à ses visions en lançant des carènes célèbres comme Magda III (1923), Kotick (1931) ou Phébus (1932).
Mais c’est en Normandie, au Chantier Bernard Macario de Deauville, que son chef-d’œuvre de croisière rapide voit le jour en juin 1931 : l’Evenos. Conçu pour M. Jean Huge, ce cotre en acajou de 13,60 mètres va écraser la saison du Handicap National, prouvant au Havre et à Deauville la suprématie des calculs hydrodynamiques de Brix sur le reste de la flotte.
Dans la foulée de ce succès, Brix va démocratiser sa science de la glisse. Fin 1931, à la demande du tout jeune Cercle de la Voile de la Seine-Maritime (CVSM), il dessine un petit voilier de course léger, économique et moderne à bouchains vifs. Adopté en février 1932, ce dériveur en double reçoit le nom d'une spécialité culinaire rouennaise : le Caneton (qui deviendra le célèbre Caneton Brix). Produit à plus de 800 exemplaires, ce bateau va former des générations de régatiers et s'imposer comme l'ancêtre direct des dériveurs légers modernes sur nos côtes.
 
La longue nuit et le retour d'un stakhanoviste des plans
Alors au sommet de sa gloire, le destin de Victor Brix bascule dans l'horreur. Saisi d'un accès de démence subit, l'architecte naval commet l'irréparable en assassinant sa propre mère. Reconnu irresponsable en raison de son état mental, il est immédiatement interné en France pendant vingt ans. Le monde du yachting perd brutalement l'un de ses esprits les plus brillants, et ses tables à dessin restent désertes pendant deux décennies.
Ce n'est qu'au lendemain de la Seconde Guerre mondiale que Victor Brix, sa santé mentale stabilisée, retrouve la liberté. Brisé par les épreuves mais animé d'une fureur créative intacte, il se remet immédiatement au travail. En s'adaptant aux nouvelles technologies et à l'avènement du contreplaqué, il redevient le travailleur infatigable qu'il a toujours été. Au total, son œuvre immense comptera près d'un millier de plans dessinés, touchant à tous les types de navires avec une prédilection constante pour la plaisance.
Victor Brix laisse derrière lui l'image d'un homme au destin romanesque et tragique, un exilé qui aura importé la rigueur scientifique de la mer Baltique pour sculpter les plus belles heures de la voile classique en Normandie et en Bretagne.
 
Ressources et repères historiques
  • Documents de la Société des Régates du Havre (SRH) et du Cercle de la Voile de la Seine Maritime (CVSM), saison estivale 1931.
  • Formules officielles et tables de temps rendus de l’Union des Yachts Français (UYF) pour la série du Handicap National.
  • Archives des chantiers navals Bernard Macario de Trouville-Deauville, lancements du Maïa (1930), de l'Evenos (1931), de Namoussa IV (1934) et du Réveur III / Dame de Caux (1937).
  • Recueils des plans d'architecture navale et monographies de Victor Brix, archives du monotype Caneton (1932).
  • Comptes rendus scientifiques, essais en soufflerie de Villacoublay et archives olympiques (Jeux de 1924) des projets maritimes de Louis Charles Breguet.
  • Chroniques sportives et classements officiels des classes 6m JI et 8m JI publiés dans les revues d'époque Le Yacht et Le Figaro (période 1931-1939).
  • Historique de navigation et dossiers de restauration du 8m JI Orphée (ex-Namoussa IV) à Lorient et Belle-Île (1967-2024).
  • Notice biographique et répertoire des œuvres de Victor Brix, collections Alienor (recherches menées par Georges Auzépy-Brenneur).
  • Monographie Victor Brix, architecte naval, par Georges Auzépy-Brenneur, parue dans la revue Chasse-Marée, numéro 214, mai 2009.
  • Archives du Chantier Jézéquel à Carantec, lancements des plans Brix : Magda III (1923), Kotick (1931) et Phébus (1932).
  • Registres du Cercle de la Voile de la Seine-Maritime, création et adoption du monotype Caneton Brix (février 1932).
  • Journal de bord et spécifications techniques du cotre Evenos (1931), archives du Chantier Bernard Macario de Deauville.
  • Travaux mathématiques d'André Brix et de Pafnouti Tchebychev sur la théorie du displacement et de la résistance des carènes en mer Baltique.

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Rédigé par Evenos1931

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Publié le 13 Septembre 2026

Sincères remerciements à Madame Aurélie Le Meur - Leconte pour son remarquable travail d’investigation. Grâce à la rigueur et à la passion qu’elle y consacre, l’Histoire s'éclaire un peu plus chaque jour et nous apporte continuellement de précieuses réponses.
Avec toute ma gratitude,
Evenos1931.

Enquête sur la main discrète qui défendit les marins français réfugiés en Angleterre, été 1940

Sur la seconde page d'une lettre dactylographiée, retrouvée pêle-mêle avec des documents normands sur l'exode maritime de juin 1940, une signature griffée : « Warwick ». Pas de titre, pas de prénom, pas même l'en-tête de la première page. Juste un nom, celui d'une ville anglaise du Warwickshire — et d'une lignée de comtes presque millénaire. Qui a bien pu écrire ces lignes, et pourquoi son nom a-t-il traversé, avec elles, quatre-vingt-cinq ans d'archives ?

Article photo du magazine « The Tatler » (périodique/magazine) : Elfrida Marjorie Eden/Greville, comtesse de Warwick (à 44 ans), lors de son second mandat de maire de Warwick et du bal « TOC H »

Article photo du magazine « The Tatler » (périodique/magazine) : Elfrida Marjorie Eden/Greville, comtesse de Warwick (à 44 ans), lors de son second mandat de maire de Warwick et du bal « TOC H »

Une lettre, un cri d'alarme

Le document ne comporte que sa seconde page. On y devine pourtant, sans peine, la tonalité de l'ensemble : une femme d'autorité, visiblement en position d'interpeller les pouvoirs publics, plaide la cause de pêcheurs et marins français échoués sur les côtes britanniques après la débâcle de juin 1940. Elle réclame des bons de chemin de fer pour que les familles des marins rejoignent les ports où ceux-ci sont réaffectés. Elle s'indigne, avec une chaleur qui perce sous le style administratif, des vols d'outils et d'effets personnels commis sur les bateaux que leurs équipages n'ont eu que dix ou quinze minutes pour évacuer.

« We have had many complaints of tools and personal clothing being stolen off the boats [...] As they are not prisoners, and even if they were, they feel that their personal belongings should not be confiscated or stolen. »

— Lettre signée « Warwick », 1940

Elle cite, à l'appui de son propos, un exemple précis et vérifiable : celui du chantier naval Macario, de Deauville, dont les ouvriers avaient traversé la Manche avec armes et bagages — et surtout avec leurs meilleurs outils, hélas dérobés entre-temps. Puis elle referme sa lettre sur une phrase qui en dit long sur ses réseaux : « J'envoie une copie de cette lettre à Lord Bessborough. »

Photographie du 9e comte de Bessborough vers 1935.

Photographie du 9e comte de Bessborough vers 1935.

Bessborough : la clé du mystère

Cette simple mention change tout. Vere Brabazon Ponsonby, 9e comte de Bessborough, ancien gouverneur général du Canada, dirigeait en 1940 un organisme méconnu mais bien réel : le « French Welfare », sous-comité du Foreign Office chargé de coordonner l'aide aux réfugiés français et d'arbitrer les rivalités entre œuvres charitables concurrentes (1). L'historien Nicholas Atkin, dans son ouvrage de référence The Forgotten French, consacré aux exilés français en Grande-Bretagne, confirme l'existence et le rôle de ce comité (2).

Écrire directement à Lord Bessborough, en connaissant jusqu'au nom de son comité, n'était pas à la portée du premier venu. Cela suppose un accès aux cercles dirigeants de l'aide aux réfugiés — très probablement une correspondante elle-même impliquée dans une œuvre de bienfaisance locale ou nationale, en lien avec les autorités portuaires ou consulaires. « Warwick » n'écrit donc pas en simple citoyenne : elle s'adresse à Bessborough d'égal à égal, ou presque.

 

La piste la plus sérieuse : la comtesse douairière de Warwick

Le titre de comte de Warwick appartenait, en 1940, à Charles Guy Fulke Greville, 7e comte, alors âgé de vingt-neuf ans et en instance de divorce avec sa première épouse (3). Sa mère, en revanche, portait toujours le titre de comtesse douairière de Warwick : Elfrida Marjorie Eden, née en 1887, devenue Lady Brooke en 1909 puis comtesse de Warwick en 1924 à la mort de son beau-père. Veuve depuis 1928, elle avait occupé la fonction de maire de Warwick à trois reprises, en 1929, 1930 et 1931 (4) — une femme, donc, habituée aux responsabilités publiques et à la vie institutionnelle de sa ville.

Mais l'élément le plus frappant tient à son nom de jeune fille : Eden. Elfrida, comtesse de Warwick, était la sœur du plus célèbre Eden de l'époque — Anthony Eden, ministre britannique qui occupa précisément, entre le 11 mai et le 22 décembre 1940, le poste de secrétaire d'État à la Guerre, avant de redevenir ministre des Affaires étrangères (5). Mieux encore : le siège parlementaire d'Anthony Eden depuis 1923 n'était autre que celui de... Warwick and Leamington (6). Le nom de « Warwick » circulait ainsi, en cet été 1940, jusqu'au cœur même du gouvernement de guerre britannique.

QUI ÉTAIT « WARWICK » ?

"Précision utile : rien, dans les archives consultées à ce jour, ne prouve de façon certaine que la comtesse douairière Elfrida de Warwick soit bien l'auteure de la lettre. L'identification proposée ici repose sur un faisceau d'indices concordants — la datation de 1940, le titre porté seul en signature (usage typique des pairesses britanniques), la proximité chronologique et politique avec le ministère de la Guerre par l'intermédiaire de son frère, et l'habitude, pour les femmes de la noblesse anglaise, de s'impliquer personnellement dans les œuvres de guerre. Une vérification définitive supposerait de consulter les papiers du comité de Lord Bessborough, série FO 1055, conservés aux Archives nationales britanniques de Kew — malheureusement partiellement épurés selon Atkin lui-même (7)."

Une femme dans son siècle

Si l'hypothèse se confirme, alors le portrait qui se dessine est cohérent avec tout ce que l'on sait des femmes de l'aristocratie britannique mobilisées par la guerre. Beaucoup d'entre elles, à commencer par les dirigeantes du Women's Voluntary Service, transformèrent leur position sociale en levier d'action concrète : accueil des réfugiés dans les gares, quêtes, hébergement, intercession auprès des ministères. La comtesse douairière de Warwick, femme de tête ayant déjà exercé une fonction élective, disposant d'un frère au originaire même du gouvernement de guerre et d'un nom connu jusque dans les couloirs du Foreign Office, correspond parfaitement à ce profil : celui d'une intermédiaire efficace entre la détresse anonyme de pêcheurs bretons et normands échoués sur les quais anglais, et les sommets de l'État britannique.

Ce que révèle sa lettre, en tout cas, ne fait aucun doute : un engagement réel et concret, allant jusqu'au détail matériel — les dix minutes laissées aux marins pour quitter leur bateau, les outils volés, les familles séparées, les bons de train à obtenir. Ce n'est pas la prose distante d'une bureaucrate, mais celle de quelqu'un qui a, de toute évidence, rencontré ces hommes, écouté leurs plaintes, et pris la peine de les transmettre au sommet — jusqu'à Lord Bessborough lui-même.

Le fil qui la relie à la drague normande

Le hasard des archives a voulu que cette lettre survive aux côtés du rapport du capitaine Cribouillard et de celui de la drague « Ingénieur de Joly ». Sans le savoir, « Warwick » plaidait très exactement la cause de ces marins normands : elle défendait les pêcheurs et les hommes du chantier Macario, quand Cribouillard et ses hommes vivaient, au même moment, la même expérience à quelques encablures de là — la saisie de leur navire, l'internement au Crystal Palace, la perte de leurs effets personnels. Deux archives, deux langues, deux points de vue — celui de la victime et celui de la protectrice — pour une seule et même histoire.

Sources

1. N. Atkin, The Forgotten French: Exiles in the British Isles, 1940–44, Manchester University Press, 2003, chap. 1 : création du « French Welfare », sous-comité du Foreign Office placé sous l'autorité de Lord Bessborough.

2. Ibid. ; voir aussi la notice biographique du comte de Bessborough publiée par le Bureau du secrétaire du gouverneur général du Canada, confirmant qu'il « aide à établir au sein du Foreign Office un ministère chargé d'assurer le bien-être des réfugiés français en Grande-Bretagne ».

3. « Charles Greville, 7th Earl of Warwick », Wikipédia (consulté 2026) : né en 1911, en instance de divorce d'avec Rose Bingham en 1938-1940.

4. Mary Evans Picture Library, notice biographique d'Elfrida Marjorie Eden (1887-1943) : mariage en 1909, comtesse de Warwick en 1924, maire de Warwick en 1929, 1930 et 1931 ; voir aussi Wikipédia, « Leopold Greville, 6th Earl of Warwick ».

5. Encyclopaedia Britannica, notice « Anthony Eden » ; Hansard (UK Parliament), fonction de Secretary of State for War du 11 mai au 22 décembre 1940.

6. World War II Database, notice « Anthony Eden » : élu député de la circonscription de Warwick and Leamington en 1923, siège qu'il conserva jusqu'en 1957.

7. N. Atkin, op. cit., chap. 1 : mention du caractère partiellement épuré des archives FO 1055 (papiers du comité de Lord Bessborough), conservées au Public Record Office / The National Archives, Kew.

—. Document primaire : lettre dactylographiée signée « Warwick », copie adressée à Lord Bessborough, seconde page conservée (collection privée).

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Publié le 13 Septembre 2026

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Evenos1931.

L'odyssée oubliée de la drague « Ingénieur de Joly » et des bateaux du chantier Macario, juin 1940 – octobre 1944

Un dimanche de juin 1940, le ciel du Havre s'éteint en plein jour. Huit jours plus tard, un modeste engin de dragage appareille d'Ouistreham avec, à son bord, dix hommes d'équipage et quarante-neuf réfugiés. Il ne reviendra qu'en 1944. Entre les deux, une histoire vraie de fuite, de saisie et d'exil, que trois archives et un témoignage familial permettent aujourd'hui de reconstituer presque heure par heure.

Dimanche 9 Juin 1940, depuis le quai de Southampton, en centre-ville du Havre.

Dimanche 9 Juin 1940, depuis le quai de Southampton, en centre-ville du Havre.

I. Le jour où Le Havre brûlait

Dimanche 9 juin 1940. Rommel et sa 7e division blindée foncent vers la Basse-Seine ; Rouen et Elbeuf sont sur le point de tomber. Sur ordre du commandement militaire, les autorités françaises déclenchent l'opération « Tripoli(9) » : il faut empêcher que les immenses réserves de carburant du Havre ne tombent intactes aux mains de l'ennemi. Les cuves de la C.I.M., de la C.F.R. et de la raffinerie de Port-Jérôme sont incendiées d'un même mouvement (1).

Le résultat dépasse toute prévision. Un nuage de fumée noire, si épais qu'il faut allumer ses phares en plein après-midi, s'étend jusqu'à Deauville et Trouville, à plus de vingt kilomètres de là (2). C'est ce spectacle terrifiant, visible depuis l'autre rive de l'estuaire, que la mémoire familiale a retenu sous une formule devenue presque un point de repère chronologique : « le jour où Le Havre brûlait ».

 

« C'est le jour où « Le Havre brûlait » que Bernard Macario décide d'emmener toute la famille à Cherbourg, mais le bateau, « le Bugatti », étant trop petit, il est nécessaire de programmer deux voyages. »

— Solange Macario, témoignage recueilli par Jean Moisy (3)

Ce jour-là, à Deauville, le patron du chantier naval Macario prend une décision radicale. Il lance à ses ouvriers, dans une formule que la postérité familiale a conservée telle quelle : « tous ceux qui veulent f... le camp, qu'ils prennent un bateau et s'en aillent avec leur famille (4) ». Lui-même restera finalement en France ; mais son frère Antoine embarque avec femme et sept enfants. En pleine traversée vers Cherbourg, leur bateau essuie une mitraillade et doit être remorqué par un navire plus important qui fait route vers l'Angleterre. C'est ainsi, presque malgré eux, que les Macario deviennent des exilés.

II. « Reçu des ordres d'appareiller » : le départ de la drague

Huit jours plus tard, le lundi 17 juin 1940, c'est au tour d'un autre bâtiment normand de quitter les côtes du Calvados : la drague suceuse « Ingénieur de Joly », engin des Ponts et Chaussées affecté à l'entretien des ports de la région. Son capitaine, l'ingénieur Ernest Cribouillard, consignera plus tard, dans un rapport remis à l'Amirauté française, le récit heure par heure de cette traversée improvisée.

« Je soussigné Cribouillard Ernest [...] déclare avoir reçu des ordres [...] d'appareiller pour rejoindre Brest. Parti avec 10 hommes d'équipage et 49 réfugiés, mouillé en rade à 7 heures le lundi 17 juin. »

— Rapport du capitaine Cribouillard, 8 octobre 1940

Le voyage ne se fait pas en ligne droite. La drague doit d'abord remorquer un yacht réquisitionné jusqu'à Cherbourg, avant de reprendre sa route vers Brest, où elle arrive le 18 juin à 19h30 — en pleine évacuation du port. Nouvel ordre : rallier un port anglais. Le bâtiment met alors le cap sur Plymouth, où il jette l'ancre le 19 juin, aussitôt ravitaillé par les autorités britanniques. Après le débarquement des quarante-neuf réfugiés, la drague remonte la rivière Tamar et s'amarre près de Saltash, en compagnie d'autres bâtiments d'État français échoués là par les mêmes circonstances.

La drague suceuse « Ingénieur de Joly »

La drague suceuse « Ingénieur de Joly »

III. Mers el-Kébir change tout

Pendant que la drague se balance sur son coffre d'amarrage, l'Histoire bascule à des milliers de kilomètres de là. Le 3 juillet 1940, la Royal Navy attaque la flotte française mouillée à Mers el-Kébir pour l'empêcher de tomber aux mains des Allemands. Plusieurs centaines de marins français périssent. La rupture entre les deux anciens alliés est consommée — avec, pour conséquence immédiate, la décision britannique de saisir tous les navires français encore présents dans ses ports (5).

Deux jours plus tard seulement, le 5 juillet à quatre heures du matin, vingt-cinq soldats britanniques en armes montent à bord de la drague et des bâtiments amarrés autour d'elle. « Quoique n'étant pas bateau militaire, nous sommes considérés comme tel », note Cribouillard avec une pointe d'amertume. Le 18 juillet, la réquisition est officialisée. Le même mécanisme frappe, presque au même moment, le second bateau de Bernard Macario, saisi alors qu'il tentait de repartir chercher sa femme et ses enfants restés à Trouville — un aller-retour qui ne s'achèvera jamais.

IV. Crystal Palace : l'exil au cœur de Londres

Dépossédé de son navire, l'équipage de la drague est conduit sous escorte à la gare, puis à Londres, où il est logé au Crystal Palace — la gigantesque halle de verre héritée de l'Exposition universelle de 1851, reconvertie en centre d'accueil pour les marins français. Cribouillard y reste avec ses hommes jusqu'au 10 août, avant de rejoindre l'hôtel Bedford, tandis que le mousse de l'équipage part au camp d'Olympia retrouver deux de ses frères, eux aussi réfugiés.

Cette scène, qui pourrait sembler anecdotique, est en réalité documentée par l'historiographie britannique : l'ouvrage de référence de Nicholas Atkin, The Forgotten French, confirme qu'environ une centaine de marins marchands français furent effectivement hébergés au Crystal Palace en 1940, aux côtés de plusieurs milliers de soldats et marins internés à la suite de l'armistice et de Mers el-Kébir (6). Le récit de Cribouillard n'est donc pas un cas isolé : il est un fragment exact d'un phénomène de masse, celui de ces « Français de l'oubli » — the forgotten French — que l'historiographie a longtemps laissés dans l'ombre du seul général de Gaulle.

Autour d'eux s'organise, tant bien que mal, l'aide britannique. Un comité du Foreign Office, le « French Welfare », est mis sur pied sous l'autorité de Lord Bessborough, ancien gouverneur général du Canada, pour coordonner l'assistance aux réfugiés et arbitrer les rivalités entre œuvres charitables (7). C'est précisément à ce comité que fait référence une lettre dactylographiée conservée dans le même dossier, signée d'une certaine « Warwick » et adressée en copie à Lord Bessborough : on y réclame des bons de transport pour les familles de marins, on s'indigne du vol d'outils sur les bateaux réquisitionnés — et l'on y cite, comme exemple frappant, le cas d'un chantier naval de Deauville, celui-là même des Macario, dont les meilleurs outils avaient disparu.

« The head of a firm of shipbuilders, Macario of Deauville, brought over two boats with his shipyard staff and their families [...] returned to their boats for their tools and found the best ones missing. »

— Lettre « Warwick », copie à Lord Bessborough, 1940

The forgotten French De Nicholas Atkin

The forgotten French De Nicholas Atkin

V. Le retour, quatre ans plus tard

Rapatrié pour raisons de santé le 16 septembre 1940 via Liverpool à bord du vapeur « Canada », Cribouillard rentre en France sans son navire. La drague « Ingénieur de Joly », elle, reste au service britannique pendant toute l'Occupation. Il faudra attendre la Libération de la Normandie, à l'automne 1944, pour qu'elle retrouve enfin son port d'attache.

Le 21 octobre 1944, l'ingénieur en chef des Ponts et Chaussées du Calvados, A. Jouveneaux, écrit au commandant de la Marine française à Rouen pour annoncer la nouvelle : la drague est revenue à Ouistreham — mais sous armement britannique. Il demande que ce dernier soit remplacé par un armement français, afin que l'engin retrouve pleinement sa vocation civile d'entretien des chenaux du Calvados. Rien n'indique combien de temps il faudra pour que cette dernière formalité soit réglée ; mais le simple fait que la demande soit formulée dit assez que, quatre ans après son départ précipité, la drague est enfin rentrée chez elle.

Épilogue : une mémoire à reconstituer

Aucun de ces trois documents, pris isolément, ne raconte grand-chose. Un rapport de capitaine parmi des milliers d'autres. Une page de lettre administrative anglaise, sans en-tête ni destinataire identifié. Un courrier bureaucratique de plus, tamponné et archivé. C'est leur recoupement — avec un témoignage familial recueilli soixante-quinze ans plus tard, puis avec l'historiographie savante et la presse locale normande — qui fait apparaître, en creux, le destin bien concret d'un bateau et de plusieurs familles pris dans la tourmente de juin 1940 : le même exode, la même mer, le même choc de Mers el-Kébir, la même expérience de dépossession et d'internement, avant un retour que rien ne garantissait.

C'est toute l'ambition de ce petit dossier d'archives : montrer que l'Histoire, la grande, ne se raconte pas seulement à travers de Gaulle et Churchill, mais aussi à travers un ingénieur des Ponts et Chaussées, un chantier naval de Deauville et une comtesse anglaise réclamant des bons de train pour des pêcheurs normands — les vrais « Français de l'oubli » de l'été 1940.

Sources

1. « Raffinerie de Port-Jérôme-Gravenchon », Wikipédia (consulté en 2026) ; l'article date précisément l'incendie volontaire des installations et réserves au 9 juin 1940.

2. « La C.I.M. 4/4 – La guerre et l'après-guerre », Havrais-Dire, blog de Dan et ses amis, 15 novembre 2015, et « Il y'a 70 ans, le 9 Juin 1940... La Nuit en plein jour », Le Havre en photo, 8 juin 2010 : deux témoignages locaux concordants sur la date et l'ampleur du sinistre.

3. Témoignage de Solange Macario (épouse Raynaldi), recueilli par Jean Moisy auprès d'elle-même et de M. Garaud, son beau-frère, août 2015 ; voir aussi le témoignage de Mme Garaud publié dans Ithéa, n° 197, septembre 2013.

4. Ibid., témoignage Jean Moisy sur Bernard Macario, chantier naval de Deauville.

5. Sur l'attaque de Mers el-Kébir (3 juillet 1940) et ses conséquences immédiates sur les navires français présents dans les ports britanniques, voir N. Atkin, The Forgotten French: Exiles in the British Isles, 1940–44, Manchester University Press, 2003, chap. 1 et 3.

6. N. Atkin, op. cit., chap. 1 (« The context of exile ») : environ 100 marins marchands français hébergés au Crystal Palace, aux côtés de 2 500 soldats blessés convalescents et de 6 500 marins internés dans des camps du Midlands et du nord de l'Angleterre.

7. N. Atkin, op. cit., chap. 1 : création du comité « French Welfare », sous-comité du Foreign Office placé sous l'autorité de Lord Bessborough ; voir aussi la notice biographique du comte de Bessborough publiée par le Bureau du secrétaire du gouverneur général du Canada.

8. N. INGENIEUR DE JOLY, drague suceuse. – Compte rendu de l’évacuation de Brest et du séjour en Angleterre. 1940 SERVICE HISTORIQUE DE LA DEFENSE ARCHIVES CENTRALES DE LA MARINE
Répertoire numérique détaillé SERIE TT – SECONDE GUERRE MONDIALE SOUS-SERIE TT Y – BATIMENTS croiseur

—. Documents d'archives primaires : rapport manuscrit du capitaine Ernest Cribouillard (8 octobre 1940) ; lettre dactylographiée signée « Warwick » (copie à Lord Bessborough, 1940) ; lettre de l'ingénieur en chef A. Jouveneaux, Ponts et Chaussées du Calvados, au capitaine de vaisseau de Villefosse (21 octobre 1944).

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Rédigé par Evenos1931

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Publié le 15 Juin 2020

La revue maritime Ettore BUGATTI Janvier 1968 N°58
La revue maritime Ettore BUGATTI Janvier 1968 N°58
La revue maritime Ettore BUGATTI Janvier 1968 N°58

Il y a eu vingt ans, le 21 août dernier, que le célèbre constructeur d'automobiles, d'origine italienne, Ettore BUGATTI, décédait à Paris. Celui-ci repose maintenant, depuis une dizaine d'années, dans le cimetière
du vil/age de Dorlisheim là quelques centaines de mètres de ses anciennes usines de Molsheim), aux côtés d'un grand nombre de membres de sa famille.

Nos camarades se demanderont, peut-être pourquoi l'évocation d'un tel anniversaire a sa place dans notre revue. La réponse est fort
simple : Ettore BUGATTI, véritable génie de la mécanique, ne s'intéressait pas qu'aux voitures de courses ou de tourisme ...

AINSI que l'écrit L'Ebé BUGATTI, la fille aînée du constructeur, qui a consacré un splendide livre à la mémoire de son père, « L' Épopée Bugatti» (Editions de la Table Ronde), Ettore BUGATTI aima toujours les choses de la mer et donna, à plusieurs reprises, libre cours à son penchant pour la navigation à voile et à moteur (son imagination était telle qu'on lui doit également un avion qui aurait dû participer à la Coupe Deutsch de la Meurthe. Et, nul doute, que s'il avait vécu à l'ère spatiale un engin « Terre Lune » aurait germé dans son cerveau .. )

Il est vraiment dommage que la place nous manque ici pour décrire avec force détails techniques, qui feraient les délices de nos camarades (que ceux-ci veuillent bien se reporter aux pages 254 à 261 du livre de L' Ebé BUGATTI, cité plus haut) , le yacht personnel qu'Ettore BUGATTI décida de réaliser en 1938, et dans lequel cet extraordinaire ingénieur voulait mettre à profit toutes ses connaissances en matière navale, mais aussi toutes les idées qu'il avait pu avoir en vingt ans de réflexion sur le sujet.

Ledit yacht fut mis sur cale en 1939, au chantier naval Macario à Trouville. Longueur hors tout 27,50 m, largeur 6,40 m, hauteur de la flèche des mâts au-dessus du pont: 35 m, surface de la voilure: 300 à 320 m2
.

L'aménagement intérieur prévoyait: six cabines desservies par un couloir longitudinal, une salle à manger, une cabine arrière, formant salon, une chambre des moteurs, e.t un rouf central destiné à servir de chambre de navigation .

La coque était en bois. Ettore BUGATTI avait choisi spécialement du teck pour le bordé et pour le pont. Quant aux voiles, au gouvernail et aux autres problèmes posés par la construction de ce yacht, Ettore BUGATTI n'avait pas voulu adopter les dispositifs classiques, dont l'aspect rudimentaire. heurtait. bien souvent, ses notions personnelles dans bien des domaines. Et il prit ainsi, à cette occasion, toute une série de brevets absolument extraordinaires pour l'époque ... et même pour aujourd'hui.

Le yacht d'Ettore BUGATTI devait être équipé de deux moteurs auxiliaires disposés dans une chambre arrière, sous le pont et montés parallèlement et symétriquement à l'axe du bâtiment. Jusque dans les moindres détails, le « Patron» avait pensé et repensé les diverses phases de. la construction: guindeau de relevage des ancres, les ancres elles-mêmes, les pompes de cales, les cuvettes de lavabos, les serrures, les meubles, etc. Le propriétaire de ce yacht, destiné aux croisières de haute mer, voulait un navire à la fois confortable et , sur ...

Ce yacht, auquel, si nos renseignements sont exacts, Ettore BUGATTI voulait donner le nom de sa première femme Barbara fut lancé durant les vacances de Pâques de l'année 1940, avec son gouvernail. En raison de l'avance allemande, le directeur du chantier prit la coque en remorque jusqu'au Havre, d'où elle fut convoyée vers un port de la côte Sud de l'Angleterre ...

Malgré un séjour outre-Manche de plusieurs années, qui ne fut pas sans provoquer quelques dommages, la coque fut récupérée par Ettore BUGATTI, après les hostilités, et envoyée aux <<Chantiers Navals de Maisons-Laffitte >>, propriété du constructeur de Molsheim. Le mât double en treillis métallique fut alors monté. Mais les nombreuses occupations de BUGATTI, sa maladie puis sa mort empêchèrent l'achèvement de ce bâtiment révolutionnaire. (Malgré nos recherches, il nous est impossible de montrer une photographie de ce yacht de BUGATTI !)

La revue maritime Ettore BUGATTI Janvier 1968 N°58

En revanche ne quittons pas les Chantiers navals de Maisons-Laffitte sans vous signaler (avec document à l'appui cette fois) qu'Ettore BUGATTI fit construire, là, des you-yous à moteurs sous le signe des célèbres sept lettres blanches sur fond rouge du slogan « sécurité - élégance - fini », et avec des raffinements dans la ligne BUGATTI : moteur à l'avant et non au milieu du bateau <Ceci, pour permettre une utilisation rationnelle de la capacité de l'engin), membrures ajourées
pour permettre l'écoulement de l'eau et faciliter son évacuation, ancre à pattes articulées, avirons pliants pour ne pas gêner les passagers (cinq personnes pouvaient y tenir à l' aise), hélice protégée par une fausse béquille, etc.

Maquette à échelle réduite du sous-marin, photographiée sur le petit étang de la propriété BUGATTI à Molsheim.

Maquette à échelle réduite du sous-marin, photographiée sur le petit étang de la propriété BUGATTI à Molsheim.

Le moteur, d'une puissance de 2 à 5 chevaux, était un moteur à quatre temps, tournant à 3000 tours / minute, de 60 mm d'alésage et de course.

On nous a également parlé d'une vedette rapide pour la Marine nationale, mise en chantier, pour la coque, rue du Débarcadère à Paris (c'étai t là la succursale parisienne des usines BUGATTI, où sont également « nées» de prestigieuses
voitures), dons le courant de l'année 1937. La construction des huit moteurs de 400 ch, de 4,700 1 de cylindrée, et à compresseur, prévus pour cette vedette fut entreprise, elle, aux usines de Molsheim. Quatre moteurs étaient prévus à bâbord et quatre autres à tribord , avec quatre hélices au total. Le tout fut abandonné dès le début des hostilités.

On ne compte. pas, non plus tous les brevets que Ettore BUGATTI prit entre les deux guerres, dans le domaine naval, et cela aussi bien pour les coques des navires et des hydroglisseurs, que pour les transmissions entre moteurs et hélices, les propulseurs, les tubes lance-torpilles, les hublots, etc.

Mois il avait également conçu un « bateau-torpille» long de 25 mètres et large de 3, pouvant transporter de 8 à 10 personnes, et susceptible de traverser l'Atlantique Nord (en plus grande partie du temps sous l'eau) en un temps record, que nous n 'osons citer ici, tellement, même aujourd'hui, il nous paraît irréalisable.

Incroyable vie que celle d'Ettore BUGATTI, à la  mémoire duquel nous adressons, par la pensée, un souvenir très reconnaissant
...

L'illustration de cet article n'a été rendu possible que grace à l'obligeance de Monsieur François SEYFRIED, de Dorlisheim.

 

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Publié le 15 Juin 2020

Nous sommes les heureux nouveaux propriétaires d'un bateau construit en 1937 par le chantier (Macario) enregistré au Havre sous le nom de REVEUR III.

 Archive Monsieur Dutertre Hubert
 Archive Monsieur Dutertre Hubert Archive Monsieur Dutertre Hubert

Archive Monsieur Dutertre Hubert

Le bateau est enregistré en 1958 sous le nom de Dame de Caux avec comme nom antérieur REVEUR III Chantier Macariau (est ce une erreur d'orthographe?) adresse Deauville.

Dame De Caux (ex rêveur III) 1937.
Dame De Caux (ex rêveur III) 1937.
Dame De Caux (ex rêveur III) 1937.

Des films super8 de 1956 ont été numérisés  

Nous sommes à la recherche d'éléments nous permettant de retracer l'histoire du bateau.
Peut être avez vous des éléments ou des pistes pour notre recherche ou encore mieux la possibilité de retrouver les plans et les archives..

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Publié le 3 Août 2019

Le Yacht, premier journal consacré exclusivement au yachting
Le Yacht, premier journal consacré exclusivement au yachtingLe Yacht, premier journal consacré exclusivement au yachting
Le Yacht, premier journal consacré exclusivement au yachtingLe Yacht, premier journal consacré exclusivement au yachting
Le Yacht, premier journal consacré exclusivement au yachtingLe Yacht, premier journal consacré exclusivement au yachting
Revue le Yacht "Port du Loch – Le bateau de sauvetage « Capitaine de Vaisseau de KERROS "

Revue le Yacht "Port du Loch – Le bateau de sauvetage « Capitaine de Vaisseau de KERROS "

Le Yacht fournit de nombreux articles sur la navigation de plaisance, illustrés de très nombreux dessins.

Malgré cela, Le Yacht reste tout de même un hebdomadaire très technique, réservé à une certaine élite qui pratique régulièrement le yachting.

Le vocabulaire utilisé ne parle qu'aux initiés : "longueur de la flottaison", "largeur au maître-bau", "hauteur de bordé au milieu", "longueur des espars", "beaupré en dehors de l’étrave", etc.

Si certains schémas ont une visée pédagogique, il n'est laissé que peu de place à la vulgarisation.

 

Raoul Vuillaume, du yachtman au cartographe         ArchiSEINE : archives de l'eau sur le bassin versant de la Seine

Raoul Vuillaume, du yachtman au cartographe ArchiSEINE : archives de l'eau sur le bassin versant de la Seine

Le Yacht a été fondé en 1878 par Raoul Vuillaume et quelques amateurs passionnés de navigation de plaisance.

Il est l'auteur d'une impressionnante réalisation : la confection et la publication de Cartes spéciales, à grande échelle, de toutes les rivières navigables et canaux de la France.

 

Le Yacht, premier journal consacré exclusivement au yachting

Un journal fait par des yachtmen, pour des yachtmen

Le Yacht, n°2348, du samedi 24 mars 1928, paru pour les cinquante ans du journal

Véritable trésor à saisir pour les fans de la revue le yacht 133 numéros de la revue le YACHT.

Année:  Numéro 

1946:  3017

1947:  3081

1948:  3086

1956: 3521 - 3522 - 3534-3536 - 3537 - 3539 - 3541 - 3544 - 3545 - 3546 - 3548

1957: 3549 - 3550 - 3551 - 3553 - 3554 - 3555- 3556 - 3557 - 3565 - 3576 - 3578 - 3579 - 3580 - 3592 - 3594 - 3560 - 3564 - 3595 - 3599

1958:  3601 - 3602 - 3603 - 3604 - 3605 - 3606 - 3614 - 3615 - 3616 - 3618 - 3619 - 3622- 3623 - 3625 - 3626 - 3627 - 3630 - 3631 - 3632 - 3634 - 3635 - 3636 - 3637 - 3658 - 3642 - 3646 - 3648 - 3608 - 3613 - 3621 - 3633

1959:  3655 - 3659 - 3660 - 3666 - 3669 - 3670 - 3675 - 3676 - 3678 - 3679 - 3686 - 3689 - 3699 - 3700 - 3657 - 3661 - 3671 - 3672 - 3677 - 3680 - 3691

1960:  3733 - 3750 - 3744

1961:  3762 - 3763 - 3764 - 3768 - 3770 - 3771 - 3774 - 3775 - 3776 - 3778 - 3780 - 3782 - 3783 - 3784 - 3790 - 3791 - 3798 - 3799 - 3765 - 3769 - 3777 - 3781 - 3786 - 3789 - 3800 - 3801 - 3802 - 3803

1962:  3804 - 3806 - 3808 - 3810 - 3811 - 3812 - 3813 - 3815 - 3816 - 3818 - 3820 - 3821 - 3822 - 3823 - 3824 - 3826

1963:  3850

Contact:  M. Laval E

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Rédigé par Evenos1931

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Publié le 29 Septembre 2018

Deauville photo aérienne. Ray. Delver.

Deauville photo aérienne. Ray. Delver.

Avoir son << yacht à Deauville >> était une expression non dépourvue d'un certain snobisme qui dépassait de beaucoup, avant la dernière guerre, celui de posséder à l'heure actuelle un yacht au quai Saint-Pierre à Cannes.

Deauville a eu un riche prestige, que le grand port méditerranéen, truffé d'une faune disparate, ne pourra jamais égaler, malgré (et peut-être à cause) des nombreux bateaux qui y stationnent.
Cependant, le << Deauville >> actuel est désert. Les coquettes villas semblent dormir, les rues ne sont pas actives et les deux bassins réservés aux yachts sont par trop dégarnis de mâtures.

Entrée du port de Deauville

Entrée du port de Deauville

Si l'on me posait brutalement la question « Aimez~vous Deauville? », je répondrais non, mais je pourrais ajouter avec certitude, avec conviction, que je trouve à ce port de la Manche un certain charme, que je m'y suis vite créé des amitiés grâce au Deauville·Yacht-Club, que je me  bateau, lorsqu'il ne court pas la prétentaine sous d'autres latitudes, y est bien, que je peux dans, un week-end, aller tirer des bords, même en hiver entre Le Havre, Honfleur, Ouistreham, et n'est-ce pas là l'essentiel ? Pour un séjour de vacances? Pourquoi pas?

La côte est suffisamment animée par des programmes de régates très serrés, des courses croisière, des plages immenses de beau sable. Hélas! le vent est souvent trop frais. le ciel obscurci et le soleil rare, surtout ces dernières années. Mais n'y a-t~il pas des amateurs pour naviguer en cirés, chandails et bottes?

SITUATION DU PORT
Si Deauville paraît s'endormir, ce n'est pas la faute des actifs dirigeants du Deauville Yacht-Club. qui font l'impossible pour offrir au plaisancier tout ce dont il a besoin.

Deux bassins en effet sont aménagés pour recevoir les bateaux du plus petit au plus grand. Le Club House, situé quai de la Marine, est accueillant, hospitalier et confortable. Récemment, les quais et les portes d'écluses ont subi d'importants travaux de réfection. Les bassins asséchaient et je pense que cela constitue une des raisons de l'abandon du grand port de la Côte de Grâce.

Ou naviguer...  Deauville 1960 par Gérard Goulven.

A l'heure actuelle, tout est terminé et un dragage sérieux va nettoyer le port. Les bateaux de fort tirant d'eau y auront désormais un accès facile.

Le club sera clôturé, agrémenté de parterres de gazon, de fleurs. il sera pourvu d'un chemin de rails permettant de prendre les voiliers sous sa grue actuelle dont la force est de 4 tonnes, et de les garer le long du quai pour apporter des soins, tant à leur carène qu'à leur gréement.
Cet avantage n'est pas négligeable pour les petits dériveurs.

Quant aux yachts de tonnage plus important, ils sont sûrs de trouver un poste à quai et toutes les ressources dont ils ont besoin. On a cependant l'impression que les quais, qui sont parfaits pour les yachts de « la belle époque », sont trop hauts et surtout dépourvus d'échelles pour nos bateaux actuels à restrictions. C'est une chose qui n'a pas échappé au D.Y.C. qui ne cesse de défendre l'intérêt des yachtmen auprès de la municipalité. Disons que l'eau des bassins est propre, que de rares petits cargos y viennent s'amarrer, qu'enfin les pêcheurs fréquentent rarement ces lieux. Leur fief est sur la Touque à Trouville.

Les ressources de Deauville sont multiples : commerçants bien achalandés, magasins de grand luxe, restaurants et hôtels nombreux, quincailliers, mécaniciens et chantiers.

De Paris à Deauville. une route agréable de 200 km joint son charme à celui des week-ends au bord de l'eau. Seul le chemin de fer semble bouder, malgré une superbe gare dans le style du pays, ce port que nous pourrions appeler la " capitale du yachting de la Manche" à défaut d’être le " port de mer des Parisiens" !

Les bateaux expédiés par fer peuvent être mis à l'eau dans le bassin Morny par les grues de la SO-DE-MA-CO, ou encore s'ils dépassent la tare, par les slips du chantier Macario qui donnent sur la Touque à Trouville.

Jetée bordant l'entrée du port
Jetée bordant l'entrée du portJetée bordant l'entrée du port

Jetée bordant l'entrée du port

La question de l'hivernage est également aisée, soit au chantier, soit dans les locaux  du D.Y.C

Ont compte actuellement à Deauville plus de 12 dragons qui participent à de nombreuses régates s'étalant du début juin à fin septembre, mais le grand désir du D.Y.C est de créer une école de voile qui aurait, j'en suis persuadé, la faveur des jeunes gens du cru.

Rassemblement motonautique du pavillon d'or

Rassemblement motonautique du pavillon d'or

Détruisons d'abord quelques légendes avant de parler navigation.

Tout d'abord celui qui dit que les accès  du port sont dangereux à cause des bancs et pendant le mauvais temps. Pour les bancs, il suffit de s'en remettre aux marques de balisage, c'est à-dire laisser la bouée noire à tribord au pied de la jetée, et de nuit prendre l'alignement des feux au 150°, Par mauvais temps, le ressac vigoureux y sera plus spectaculaire que dangereux aucune difficulté pour un bon barreur.

Les courants ne sont pas violents (2 nœuds maxima) et il est facile de les contrer. Les navigateurs hauturiers, venant du large par temps dur, ont la possibilité de se réfugier soit au Havre, soit dans l'estuaire de la Seine, si l'heure de la marée ne permet pas l'accès à l'avant-port de Deauville.

Jusqu'à l'année 1957, on pouvait entrer dans le chenal environ trois heures avant la pleine mer avec 1 mètre de tirant d'eau. Une fosse sous les portes du bassin offrait un bon mouillage avec un fond suffisant pour 1 m 50 de tirant d'eau. Mais les envasements ont terriblement modifié les fonds. Les portes d'accès au bassin des yachts ferment .deux heures après la pleine mer de Deauville et non du Havre.

Leur ouverture qui se fait automatiquement avec la poussée du jusant a lieu environ deux heures avant la P.M.

Yacht club de Deauville

Yacht club de Deauville

Si on ne peut entrer au bassin, il n'est pas conseillé d'aller chercher refuge sur la Touque
qui assèche presque complètement. Quelques navigateurs se sont plaints du peu de puissance des feux de Deauville dont la portée est de 12 milles (pour le feu blanc) d'après le livre des phares. Ce feu est très bas sur l'eau (4 mètres) et se perd au milieu des multiples éclairages de la ville et du casino. Il serait bien utile d'y remédier.

D'autre part, les perches sans couleurs qui jalonnent la côte bâbord du chenal peuvent très bien être un obstacle dans la nuit ou par temps de brume pour un petit bateau. Certaines promesses d'amélioration avaient, il y a de nombreuses années, fait espérer leur remplacement par un ouvrage définitif. Le vent les a éparpillées et les perches dérisoires et laconiques sont toujours en place ...

Or cette question d'accès au port, soit de jour, soit de nuit, est primordiale pour les yachts venant de l'étranger qui ne sont pas forcément au courant de nos défaillances. Cette petite lacune s'ajoutant à d'autres, chasse ailleurs les bateau qui feraient si bien dans les deux bassins dont ils disposent.

Une autre légende à détruire est celle (assez nouvelle) qui prétend qu'il est impossible d'établir
un parcours de régate dans la proximité de la ville.

Or il n'y a qu'à se pencher sur le passé riche en souvenirs de course pour que soient détruites ces divergences de vue.

Des discussions sont en cours entre Rouen, Le Havre, Deauville pour "établissement des heures de marée.

Le quai flottant du Yacht Club

Le quai flottant du Yacht Club

Quant aux yachts de tonnage plus important, ils sont sûrs de trouver un poste à quai et toutes les ressources dont ils ont besoin. On a cependant l'impression que les quais, qui sont parfaits pour les yachts de « la belle époque », sont trop hauts et surtout dépourvus d'échelles pour nos bateaux actuels à restrictions. C'est une chose qui n'a pas échappé au D.Y.C. qui ne cesse de défendre l'intérêt des yachtmen auprès de la municipalité.

Disons que l'eau des bassins est propre, que de rares petits cargos y viennent s'amarrer, qu'enfin les pêcheurs fréquentent rarement ces lieux. Leur fief est sur la Touque à Trouville.

Les ressources de Deauville sont multiples : commerçants bien achalandés, magasins de grand luxe, restaurants et hôtels nombreux, quincailliers, mécaniciens et chantiers.

De Paris à Deauville. une route agréable de 200 km joint son charme à celui des week-ends au bord de l'eau. Seul le chemin de fer semble bouder, malgré une superbe gare dans le style du pays, ce port que nous pourrions appeler la " capitale du yachting de la Manche" à défaut d’être le " port de mer des Parisiens" !

Les bateaux expédiés par fer peuvent être mis à l'eau dans le bassin Morny par les grues de la SO-DE-MA-CO, ou encore s'ils dépassent la tare, par les slips du chantier Macario qui donnent sur la Touque à Trouville.

Slips du chantier Macario qui donnent sur la Touque à Trouville.
Slips du chantier Macario qui donnent sur la Touque à Trouville.Slips du chantier Macario qui donnent sur la Touque à Trouville.Slips du chantier Macario qui donnent sur la Touque à Trouville.

Slips du chantier Macario qui donnent sur la Touque à Trouville.

La Touque et le chantier B. Macario
La Touque et le chantier B. MacarioLa Touque et le chantier B. Macario
La Touque et le chantier B. Macario

La Touque et le chantier B. Macario

Quant au << redoutable >> estuaire de la Seine, nous pourrions l'appeler le << mur du son >> des yachtmen parisiens. car c'est là bien souvent qu'aux premiers contacts avec la mer, dans un décor d'eaux grises, de balises et de crachins, s'écroulent les rêves, les passions, les projets mûris en chambre ou sur les quais de Paris où s'étiole une flottille de bateaux invraisemblables

Mais ce mur du son n'est qu'apparent. Il suffit d'un rien de raison pour le vaincre et s'en faire un ami en utilisant son courant C'est grâce à lui que vous pouvez aller de Rouen au Havre, à Honfleur, à Deauville ou vice versa en une marée ...
En cas de mauvais temps, vous embouquez l'estuaire et vous voila  tranquille au mouillage dans la campagne.

Bien sure il est élémentaire de prévoir les heures du flot et du jusant. Eu revanche, deux chenaux vous sont offerts: le grand chenal emprunté par les cargos venant du large et un petit chenal à terre jusqu'à Honfleur si vous venez de Deauville L'ensemble de la côte à cet endroit est escarpé. Des plages alternent avec des falaises de rocailles couronnées de verdure.

 Près de Deauville, un terrain de camping appelé << le Chant de Oiseaux >> ajoute la gaieté multicolore de ses tentes au vert dominant de la nature.

Après la pointe de Villervillec'est la falaise des fonds  avec son petit phare bien visible dont les trois secteurs vous guideront la nuit puis c'est Honfleur.

Phare de la Falaise des Fonds (Etablissement de signalisation maritime n°423/000), Honfleur

Phare de la Falaise des Fonds (Etablissement de signalisation maritime n°423/000), Honfleur

Entrée d'Honfleur
Entrée d'HonfleurEntrée d'Honfleur

Entrée d'Honfleur

Honfleur; le bassin et le pont tournant

Honfleur; le bassin et le pont tournant

Pour beaucoup, cette ville évoque la vase et ses mauvaises odeurs. C'est vrais. Mais le petit
port de l'estuaire qui veut être à la fois port de pêche, de commerce, de yachting est tout de même charmant. Son bassin à flot de la Lieutenance vous offre le repos, la tranquillité, la sécurité dans un cadre médiéval.

Si vous traversez l'estuaire en reprenant le chenal « des grands >> vous apercevez à tribord, remarquable par ses buildings, sa nouvelle et audacieuse église, ses raffineries de pétrole, Le Havre.

Mais partant de Deauville vers l'ouest en longeant prudemment à un bon mille la côte bordée de plages sans fin, nous atteignons, après avoir parcouru 8 à 10 milles la pointe de Beuzeval. Une grande cheminée servira d'amer et à travers les sables se dessine, sinueuse, l'embouchure de la Dive que vous pourrez remonter jusqu'au mouillage du << Cabourg-Yacht-Club >> Qui est très actif en saison. Cette fin de promenade peut décevoir par le caractère industriel de la ville. D'autre part, l'embouchure de la Dive est dangereuse par mauvais temps.

Plus loin, à 7 milles à l'ouest, c'est l'embouchure de l'Orne avec Ouistreham et son canal de Caen à la mer. Quel est le plaisancier qui n'en connaît pas les accès...

Beuzeval (calvados ) – la Plage 1906

Beuzeval (calvados ) – la Plage 1906

Cabourg le Yacht Club
Cabourg le Yacht ClubCabourg le Yacht ClubCabourg le Yacht Club

Cabourg le Yacht Club

Ici aussi il faut entrer à pleine mer. Les installations portuaires de Ouistreham et le canal doivent subir d'importantes modifications.

Enfin, nous tenterons les grands navigateurs en disant que Cowes, en île de Wight, qui est
le paradis des plaisanciers, n'est distante que de 110 milles cap au 340", soit 20 heures de mer.
Un rien ... mais quel régal...

En résumé, il ne faudrait qu'un peu de dynamisme, quelques aménagements portuaires bien conçus pour que le Deauville-Yacht-Club ait la satisfaction de voir son port redevenir ce qu'il était il y a quelque vingt ans.

Ses plages, la proximité de quelques havres sympathiques et d'accès aisés, ses ressources, devraient en faire non seulement le tremplin de départ des yachtmen parisiens, sinon leur port d'attache, mais aussi le rendez-vous de tous c-eux qui veulent naviguer ou apprendre à naviguer dans des eaux saines, où tout échouage n'est jamais une catastrophe, où les courants ne sont pas assez violents pour être dangereux, mais peuvent sensiblement agrémenter une petite sortie en aidant de leur vitesse. Nous reprocherons davantage à cette partie de notre littoral son climat pluvieux et froid, que les austères légendes de navigation dont on l'a gratifié à tort.

Ou naviguer...  Deauville 1960 par Gérard Goulven.
Ou naviguer...  Deauville 1960 par Gérard Goulven.

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Rédigé par Evenos1931

Publié dans #Librairie

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Publié le 31 Juillet 2018

Il faudra attendre Mr Bernard Macario dans les années 1920 à 1930 pour voir se développer une activité importante de construction à la pêche et à la plaisance. En dehors de bateau existant comme le grand yacht pour Bugatti, un grand motor-sailer, Macario fera nombre de "Dragons" et autres monotypes, des bateaux de croisière signés par des architectes renommés comme Cornu, et bien sur des chalutiers jusqu'à 22m.

Le port de Trouville d’abord et Deauville ensuite illustre bien ce propos.
En 1895 Trouville abrite
- 4 navires de commerce
- 174 bateaux de pêches
- 7 grandes barques en chantier
- 44 Yachts

La conception des navires et embarcations en bois en liasse-Normandie. disponible sur François Renault 10 Novembre 2001

Archives Familiale/Mme Frédérique Dogué.

Archives Familiale/Mme Frédérique Dogué.

Archives Familiale/Mme Frédérique Dogué;

Archives Familiale/Mme Frédérique Dogué;

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Rédigé par Evenos1931

Publié dans #CHANTIER BERNARD MACARIO

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Publié le 2 Février 2018

Archives No.115 Bugatti Trust
Archives No.115 Bugatti Trust

Archives No.115 Bugatti Trust

Ettore Bugatti sur son Yacht  

Barbara II

Barbara II

Barbara II, sur le Chantier Bernard Macario Trouville 

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Rédigé par Evenos1931

Publié dans #CHANTIER BERNARD MACARIO

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Publié le 2 Février 2018

Barbara I
Barbara IBarbara I
Barbara I

Barbara I

Coque Dieppoise de 1931, pour Monsieur Ettore Bugatti, sous le nom de "Barbara I" qui Était sa femme. 

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Rédigé par Evenos1931

Publié dans #CHANTIER BERNARD MACARIO

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